Le récit biblique de la Chandeleur

Par Daniel Hillion

Présentation de Jésus au Temple Présentation de Jésus au Temple Pinacoteca di Brera, Milan, Italy

Lecture : Luc 2.21-40

Les Églises qui suivent un calendrier liturgique se souviennent le 2 février (soit environ 40 jours après Noël) de la présentation de l’enfant Jésus au Temple : cette fête est appelée la Chandeleur. Je ne veux pas entrer ici dans une discussion sur la légitimité pour des Églises évangéliques de s’attacher à l’observation de l’année liturgique, mais plutôt braquer les projecteurs sur le récit biblique correspondant à la présentation de Jésus au Temple.


Tout accomplir selon la Loi du Seigneur
Avant la présentation, la circoncision le huitième jour (verset 21). C’est aussi le moment où l’enfant reçoit son nom : Jésus, « car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés » (Matthieu 1.21). Le Fils de Dieu devenu vraiment homme, reçoit le signe de l’alliance avec Israël et se trouve placé « sous la loi ». Le nom qui lui est donné marque sa mission de Sauveur. Le texte souligne qu’il ne l’a pas reçu à l’initiative de ses parents, mais suivant ce que l’ange avait indiqué avant sa conception.
Les versets suivants martèlent que Joseph et Marie accomplissent tout selon la Loi du Seigneur (cf. verset 39) : la purification (verset 22), la consécration du premier-né (verset 23), le sacrifice offert (verset 24). Ces éléments attestent aussi la profondeur et le caractère concret de l’Incarnation. Soulignons la solidarité du Fils de Dieu avec les pécheurs et les pauvres : il est stupéfiant, quand on y réfléchit, que la naissance de Jésus ait dû donner lieu à une purification, alors qu’il est le seul à avoir été totalement indemne de toute atteinte du péché originel. Mais de même que, plus tard, Jésus acceptera de se faire baptiser, il était aussi dans la volonté de Dieu que la naissance de son Fils soit suivie d’une purification. Cela a été fait à cause de nous et non à cause de lui. Calvin l’avait bien vu qui écrivait que nous ne devons pas trouver étrange que celui qui devait être fait malédiction pour nous sur la croix accepte d’être tenu pour impur(1) – on peut noter en passant que, selon le verset 22 la purification concerne Marieet Jésus, tandis que dans le texte du Lévitique il n’est question de purification que pour la mère. Dès sa naissance Jésus est notre représentant et assume notre impureté.
D’autre part, le sacrifice offert semble correspondre plutôt à l’offrande des pauvres qui n’avaient pas la possibilité d’apporter un agneau (Lévitique 12.8). Ce trait prolonge ce que le récit précédent avait déjà fait apparaître en montrant Jésus naître dans des conditions de précarité (Luc 2.7) et visité par des bergers, hommes de classe sociale modeste, voire méprisée. Lorsqu’on y ajoute la fuite en Égypte, rapportée par l’évangile selon Matthieu, qui implique que le Seigneur est devenu un petit immigré, on mesure, selon les mots d’Angèle de Foligno, que ce n’est pas pour rire qu’il nous a aimés et que ce n’est pas de loin qu’il nous a touchés. 


Le reste fidèle
Le récit de la présentation de Jésus au Temple nous présente deux personnages, Siméon et Anne. Ce qu’ils sont et ce qu’a été leur vie est résumé en très peu de mots. Il est question de  justice et de piété, d’attente de l’accomplissement des promesses de Dieu et de la présence, déjà, du Saint-Esprit (versets 25, 36-37).
Siméon et Anne sont, avec Joseph et Marie, Zacharie et Élisabeth, des représentants du « reste fidèle » mentionné par les prophètes (voir en particulier Sophonie 3.12-13) et que Luc désigne comme « tous ceux qui attendaient la rédemption de Jérusalem » (verset 38). Ils sont rendus capables, par l’Esprit Saint, de discerner que ce petit bébé qui est apporté au temple est le salut de Dieu en personne, la gloire d’Israël et même « lumière pour éclairer les nations » (versets 30-32).
Nous pouvons tirer deux conséquences de ce qui est dit de Siméon et Anne. D’une part, le Seigneur est capable de se faire reconnaître par les siens, y compris lorsque les apparences (de la raison, de l’expérience, de la tradition…) sont contraires ou ne facilitent pas la perception de ses desseins. D’autre part, l’attente est certainement l’une des caractéristiques du juste selon la Bible. Siméon a su attendre toute sa vie : et il a bien fait ! Les chrétiens d’aujourd’hui, si activistes, n’auraient-ils pas à redécouvrir l’importance de l’attente de la manifestation du Seigneur, dans une vie marquée (comme celle de Siméon) par la piété, la justice et la sobriété (cf. Tite 2.12-13) ?


De l’Incarnation à la croix
« … la rédemption que [Jésus] apporte doit être gagnée par la souffrance ; l’Incarnation est orientée vers la Passion ; et les paroles finales de Siméon détournent notre attention de la célébration de Noël pour l’amener vers les mystères de Pâques. »(2) En s’adressant à Marie, Siméon lui révèle quelque chose de la mission de Celui qui vient de naître. Elle passera par la souffrance et Marie devra voir son fils crucifié sous ses yeux. Relevons que la mission de « cet enfant » aura une double face : chute et relèvement, signe qui provoque la contradiction. Elle sera universelle en ce sens qu’elle concerne Israël et les nations, mais il faudra faire partie du « reste fidèle » pour en bénéficier.
Pour ceux qui fêtent Noël et Pâques, la fête de la « Chandeleur » apparaît comme un trait d’union indispensable pour comprendre que Jésus est « né d’une femme, né sous la loi, afin de racheter ceux qui étaient sous la loi… » (Galates 4.4-5), pour faire le lien entre l’Incarnation et la croix. Pour ceux qui ne suivent aucun calendrier liturgique, la méditation du récit de la présentation de Jésus au Temple est tout aussi importante pour placer ce qui est dit de la naissance de Jésus dans son vrai contexte.
Et pour tous ceux qui croient en Jésus, le cantique de Siméon (versets 29-32) exprime admirablement le bonheur de ceux qui ont trouvé le salut de Dieu.

Daniel Hillion

 

1.Cf. Jean CALVIN, L’harmonie évangélique, premier volume, commentaire sur Luc 2.22, p.111 de l’édition Kerygma et Farel.

2. Common WorshipTimes and Seasons, ouvrage publié en 2006 par l’Église d’Angleterre, p.120.

 

 


Pourquoi des crêpes à la Chandeleur ?

Les crêpes sont une évocation des galettes de céréales que mangeaient les Romains lors des fêtes des Lupercales. Pour les chrétiens, celles-ci, à cause de leur forme et de leur couleur, représentent le soleil, la lumière, et donc le Christ ressuscité. Certains y voient également un rappel ‘céréalier’ de la moisson du Père (Luc 10, 2 notamment).



Daniel Hillion

Cet article a été écrit par Daniel Hillion

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