Deutéronome 3.23-28 et Deutéronome 34
La fin du Pentateuque raconte la montée de Moïse sur le sommet du Pisga pour contempler une terre promise qu’il ne foulera jamais de ses pieds ; s’ensuit le récit de sa mort et de son ensevelissement. C’est un texte d’une émouvante simplicité : le grand homme de Dieu parvient au terme de son pèlerinage terrestre. Les yeux rivés sur le pays de Canaan, a-t-il le sentiment du devoir accompli ?
UNE PRIÈRE NON-EXAUCÉE
La paix qui émane de ce passage ne doit pas nous faire oublier le tourment vécu par Moïse quand il a compris qu’il n’entrerait jamais en terre promise. La prière qu’il adressa à Dieu nous en donne un aperçu. Nos deux textes s’articulent tout naturellement. Dieu dit à Moïse : « Monte au sommet du Pisga et lève les yeux vers l’ouest, le nord, le sud et l’est et vois de tes yeux car tu ne traverseras pas ce Jourdain » (3.27). Et le chapitre 34 commence : « Moïse monta… au sommet du Pisga… et le Seigneur lui fit voir le pays… Le Seigneur lui dit : « … Je te l’ai fait voir de tes yeux, mais, là, tu ne traverseras pas » (vs 1 et 4, traduction littérale d’extraits). Les mêmes expressions se trouvent des deux côtés.
Entre les deux, Moïse a trouvé la paix. Dans la tourmente il a fait connaître à Dieu son besoin au milieu d’actions de grâces (3.23-25) et au final il gravit la montagne le coeur apaisé. Bien que non-exaucée, sa prière était justifiée, car elle lui a permis de trouver la paix. Quel est le but de la prière ? Est-il d’abord de recevoir des choses de Dieu ? Ou bien de cheminer avec lui, comme un fils rassuré de pouvoir dialoguer avec son père à tout moment ? La prière n’est pas seulement le moyen d’obtenir ce que notre coeur désire, mais aussi – et peut-être avant tout – un chemin où Dieu nous accompagne et nous apaise. Si le voeu reste inexaucé, le chemin parcouru, lui, conserve toute sa valeur.
UNE PRIÈRE NON-EXAUCÉE… VRAIMENT ?
Mais est-il juste d’affirmer que la prière de Moïse n’a pas été exaucée ? Il faut sans doute nuancer. Moïse, qui a commencé à voir les grandes oeuvres de Dieu (3.24 ; allusion probable à l’exode mais aussi au début de la conquête ; Deutéronome 2.24-37), demande maintenant à voir la terre promise (3.25). Le verbe a, ici, un sens fort : Moïse demande à entrer dans le pays, à le « voir » avec ses pieds et ses mains, si l’on peut dire ! Dieu refuse et le lui signifie clairement avec une certaine rudesse (3.26). Toutefois ce n’est là qu’une partie de sa réponse ; le Seigneur poursuit au v.27 : « Monte au sommet du Pisga, lève les yeux… et vois de tes yeux… ». Moïse ne verra pas le pays comme il le souhaitait, c’est-à-dire en le foulant de ses pieds, mais il le verra de ses yeux ; il le contemplera à partir d’un point de vue exceptionnel que le Seigneur lui fait connaître.
La prière de Moïse n’a pas été exaucée… mais on remarque comme un désir de Dieu d’accorder à son serviteur tout ce que, dans sa bonté, il peut lui accorder. Le Seigneur ne veut pas laisser Moïse entrer en terre promise mais il lui permet de la contempler autant qu’il est possible. Il a pris en compte la demande de son serviteur. Lorsque Dieu n’exauce pas notre prière, cela ne signifie pas qu’il nous ignore. Si sa souveraine volonté, bonne mais parfois mystérieuse, ne permet pas l’exaucement, cela ne l’empêche pas de nous accorder tout ce qui est possible. Face à un non-exaucement on peut s’enfermer dans l’amertume, ou bien chercher à voir tous ces signes qui rappellent que Dieu ne s’est pas désintéressé de notre prière ; tous les signes de sa bonté qui enveloppent le non-exaucement.
ACCEPTER LE NON-EXAUCEMENT
Pourquoi Dieu n’a-t-il pas exaucé la prière de Moïse ? Certes le péché est proposé comme une explication : le péché du peuple (Deutéronome 3.26 ; cp 1.37 ; 4.21) mais aussi le péché de Moïse et Aaron (Deutéronome 32.50-52). Cependant le texte nous invite à voir plus loin. S’il est affirmé que Moïse n’entrera pas en terre promise, il est dit tout aussi clairement que Dieu a prévu un successeur : Josué (3.28 ; 34.9). C’est lui qui entrera. Puis le chapitre 34 se termine en faisant l’éloge du serviteur exceptionnel que fut Moïse : « Il ne s’est plus levé en Israël de prophète comme Moïse… ». Au passage, cela nous conduit à tordre le coup à l’idée qu’une prière non-exaucée serait obligatoirement l’indice d’un manque de foi ou de consécration ! Les choses sont plus complexes.
Plus de prophète comme Moïse. Vraiment ?
Cette phrase nous renvoie de toute évidence vers un autre passage : « Je ferai lever… un prophète comme toi » (Deutéronome 18.18 ; cp v.15). Il n’est pas possible d’entrer ici dans l’interprétation de ce texte (voir la note complète de la Bible du Semeur). En résumé le Nouveau Testament affirme que Jésus est ce prophète comme Moïse (Actes 3.22ss ; Jean 6.14…).
Dieu a pourvu un successeur pour Moïse : Josué dans un premier temps, en attendant le prophète comme lui. Pour Moïse, ne pas entrer en terre promise, c’était accepter de laisser la place à son successeur. Accepter le nonexaucement, c’était renoncer à son souhait pour laisser toute la place au souhait de Dieu, c’était choisir la volonté divine plutôt que la sienne, c’était faire confiance à Dieu plutôt qu’à luimême. C’était faire preuve d’une grande foi, ni plus ni moins.
En renonçant à cet exaucement, Moïse laissait l’avenir ouvert pour que le plan de Dieu puisse s’y accomplir. Et quel avenir ! Josué, certes, mais aussi l’autre Josué, Jésus, (on peut rappeler que Josué et Jésus, c’est le même prénom, en hébreu !) celui qui allait conduire de manière définitive les hommes vers le repos de Dieu.
Bien sûr Moïse ne connaissait pas tous les détails de ce plan divin. Mais sa grandeur, n’est-ce pas aussi d’avoir su renoncer à l’exaucement de sa prière pour laisser l’avenir ouvert à l’action du Dieu souverain ?
3 QUESTIONS POUR ALLER PLUS LOIN
- En quoi la prière de Moïse peut-elle se rapprocher de la démarche décrite en Philippiens 4.6-7 ?
- Lorsque Dieu n’exauce pas notre prière, comment discerner les indices de sa bonté pour nous ?
- En quoi accepter le non-exaucement de sa prière peut-il être le signe d’une grande foi ?
