Luc 18. 1-8
1 Jésus leur dit une parabole pour montrer qu'il faut toujours prier et jamais ne se lasser. 2 Il dit : Il y avait dans une ville un juge qui ne craignait pas Dieu et qui n'avait d'égard pour personne. 3 Il y avait aussi dans cette ville une veuve qui venait lui dire : Fais-moi justice de mon adversaire. 4 pendant longtemps il ne voulut pas ; mais ensuite, il dit en lui-même : Bien que je ne craigne pas Dieu et que je n'aie d'égard pour personne, 5 néanmoins parce que cette veuve me cause des ennuis, je lui ferai justice de peur que jusqu'à la fin, elle ne vienne me casser la tête. 6 Le Seigneur ajouta : Entendez ce que dit le juge inique. 7 Et Dieu ne ferait-il point justice à ses élus qui crient à lui jour et nuit, et tarderait-il à leur égard ? 8 Je vous le dis, il leur fera promptement justice. Mais quand le fils de l'homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ?
La loi du plus fort n'est pas toujours la meilleure
Cette parabole met en présence deux personnages que tout oppose. Le juge, tout d'abord, nous est décrit comme quelqu'un d'invincible, une sorte de muraille que rien ne pourrait atteindre. Il vit replié sur lui-même sans égard pour personne (4) et sans ouverture à un Dieu transcendant (2). Un homme presque moderne, sécularisé avant l'heure et individualiste. Qui plus est, cet homme est juge. Sa fonction dans la société le place au-dessus des autres et normalement au-dessus de tout soupçon. Dans le bras de fer qui l'oppose à la veuve, il ne peut que gagner. La partie est jouée d'avance.
Il faut dire que la personne en face de lui ne fait pas le poids. Autant le juge impressionne par son invincibilité, autant la veuve impressionne par sa vulnérabilité. Déjà le statut de la femme n'était pas enviable dans l'antiquité, bien inférieur à celui de l'homme. À plus forte raison une veuve qui n'avait plus personne pour subvenir à ses besoins si ce n'est ses enfants(1). Qui plus est, la veuve de la parabole vit une injustice. C'est d'ailleurs bien ce qui la pousse à aller voir le juge afin qu'il défende sa cause contre son adversaire. Contrairement au juge dont le statut social est assuré, cette femme n'a rien à faire valoir. Sa situation est précaire et son sort semble scellé d'avance. Elle a déjà perdu la partie.
Cette parabole, c'est l'histoire du pot de fer contre le pot de terre ou encore la fable du Lion et du Moucheron que nous conte La Fontaine(2). Pourtant, tout comme le jeune David a vaincu le géant Goliath au défaut de la cuirasse avec une simple fronde, la veuve finit par gagner la partie contre le juge avec une arme tout aussi misérable. Quelle est cette arme ? C'est l'arme du pauvre, de la personne qui n'a plus rien sinon que l'énergie du désespoir. Son arme, c'est l'obstination, la persévérance. Elle ne lâchera pas prise. Elle continuera d'importuner le juge. Comme la pierre de la fronde de David qui cible le défaut de la cuirasse de Goliath, l'obstination de cette femme atteint la faille de cet homme cuirassé dans son irréprochabilité.
Car la cuirasse de ce juge a aussi une faiblesse : c'est lui-même. Il aime trop son confort, il ne veut pas être dérangé et cette veuve l'importune : " cette femme m'ennuie, je vais donc lui donner gain de cause pour qu'elle cesse de me casser la tête " (5). Autant dire que les demandes incessantes de cette veuve pourrissent la vie de ce juge pour qui la tranquillité passe avant tout le reste. Cette parabole fait mentir La Fontaine. Ici, la loi du plus fort n'est pas la meilleure.
Persévérer dans la prière
Dans cette parabole, nous nous identifions plus volontiers à la veuve qu'au juge. Ne sommes-nous pas en effet dans la vie de tous les jours, plus souvent dans le camp des personnes vulnérables ou dépendantes que des invincibles ? Nous aussi, nous avons à faire face à des obstacles qui parfois nous paraissent insurmontables. Nous aussi, nous avons besoin d'aide. Parfois même, nous faisons appel aux autorités compétentes... sans que le résultat escompté soit toujours au rendez-vous. Alors, le risque est grand de nous aigrir, nous révolter ou encore nous décourager... Mais, nous pouvons aussi adopter l'attitude de cette veuve opiniâtre qui persévère en remettant sans cesse nos difficultés au Seigneur dans la prière. Car c'est bien là le sens de la parabole : c'est bien pour montrer qu'il est nécessaire de prier sans jamais se décourager (1) que Jésus donne cette parabole.
N'avons-nous pas tendance à nous décourager facilement surtout dans le domaine de la prière ? Dans une société où prédomine la loi de l'instantané, du " tout, tout de suite ", on ne comprend pas toujours pourquoi la réponse à nos prières ne vient pas tout de suite, pourquoi il nous faut attendre bien souvent. Pourquoi ? Parce que la prière n'est pas comme un bouton qu'il suffirait de presser pour avoir ce qu'on veut. Parce que Dieu n'est pas un appareil automatique qui obéirait à nos ordres. Dieu est le Maître des situations et il sait mieux que nous ce dont nous avons besoin. Quand la réponse à nos prières se fait attendre, Dieu teste notre foi. Il nous place dans une situation qui peut certes s'avérer inconfortable au début mais où nous apprenons à dépendre entièrement de lui, où nous apprenons à lui faire confiance. N'est-ce pas la foi que Dieu cherchera quand le Fils de l'homme viendra (8) ?
Comme l'opiniâtreté de cette veuve, la persévérance dans la prière nous assure la victoire même si à vue humaine la partie semble jouée d'avance. Ce n'est pas tant la force de la prière qui compte comme s'il fallait s'y prendre d'une certaine manière pour y arriver. C'est plutôt la force dans la prière car Dieu que nous prions, est bien différent du juge de la parabole (7). C'est même tout le contraire ! Autant le juge est froid et distant, autant Dieu est bon et proche. Il prend plaisir à défendre le droit de l'opprimé. Quand nous allons à Dieu dans la prière, nous ne l'importunons pas comme la veuve avec le juge. Au contraire, il aime quand nous nous adressons à lui. " Approchez-vous de lui et il s'approchera de vous " nous dit Jacques (Jacques 4. 8).
Ainsi notre faiblesse devient une force parce qu'elle nous oblige à dépendre de celui qui est la force : la force d'aimer, de pardonner, de vivre dans la sainteté, etc. La force dans la faiblesse passe donc par la prière persévérante.
Pour aller plus loin :
Que signifie pour vous persévérer dans la prière ? 
Cherchez dans la Bible des exemples de persévérance dans la prière. Que vous apprennent-ils dans ce domaine ?
Comment la persévérance dans la prière nous permet-elle de dépendre davantage de Dieu ?
1. En se mariant, la femme s'était séparée de sa famille d'origine. En perdant son mari, elle pouvait tomber facilement dans la précarité surtout si elle n'avait pas d'enfants.
2. Tout comme dans la parabole, c'est le moucheron qui dans la fable finit par l'emporter...

