Rencontre avec Claude Baty, Président de la Fédération Protestante de France

Par Samuel Cassildé

Propos recueillis par Samuel Cassildé


Claude Baty

horizons-evangeliques

Votre élection constitue la deuxième présidence d’un non luthéro-réformé à la FPF. Comment le comprenez vous ?

Il s’agit en fait d’un changement d’état d’esprit au sein de la FPF. Je crois aussi que ce qui a sans doute compté dans cette élection est le travail réalisé, notamment lorsque j’étais à la présidence de la FPF région Ile de France. J’ai toujours été heureux de faire travailler les gens ensemble et de favoriser les rencontres. C’est d’ailleurs ce rôle de coordination que j’ai assuré lorsque j’étais à l’Alliance biblique ou au Comité français de Lausanne. Ces expériences ont certainement été prises en compte.

S’il est évident que vous avez inscrit votre travail dans la continuité de votre prédécesseur, des nouveaux dossiers ont-ils retenus plus particulièrement votre attention en cette première année d’exercice ?

En général, on ne choisit pas les dossiers à traiter. On est confronté à des réalités et à des demandes presque chaque semaine. On peut citer par exemple les problèmes de construction de lieux de cultes. Une autre démarche concerne davantage celle des orientations d’actions. Nous avons choisi de soutenir plus particulièrement la vie de la Fédération sur le terrain, en encourageant et accompagnant les pôles régionaux de la Fédération. Il est nécessaire d’approfondir la communion au sein de ces pôles et par ricochet dans l’ensemble de la FPF. Par ailleurs, la Fédération a eu des choses à dire sur des questions qui engagent des principes fondamentaux, touchant par exemple à la dignité humaine. Elle a tenu à le faire en collaboration avec les associations protestantes (telles que la Cimade, la Fédération de l’Entraide protestante, etc.) engagées dans le domaine social. Le communiqué de la FPF (1er octobre 2007) portant sur la question de l’immigration et s’inquiétant du recours aux tests génétiques dans le cadre des rassemblements familiaux de migrants a illustré cette concertation.

Le discours du président Sarkozy sur l’importance, selon lui, de la présence des religions au sein de la société comme un signe d’espérance, vous semble-t-il favorable au dialogue entre pouvoirs publics et « religieux ?

Les relations de la FPF avec la présidence et le gouvernement sont bonnes, mais je crains qu’à trop vouloir en dire, la présidence de la République rate son objectif. C’est ce que j’analyse pour le moment vis-à-vis du protestantisme. Les réactions devant les dérapages verbaux de la présidence font que les négociations en cours (suites de la commission Machelon) sont gelées. Entre les catholiques qui ont l’avantage du poids social, les juifs qui sont intouchables, les musulmans qui font peur, le protestantisme risque d’être « le dindon de la farce », si vous me permettez ces expressions osées et un peu caricaturales !

Dans une France où la laïcité est de mise, vous plaidez pour une rénovation de la loi de 1905. Quels aménagements attendez vous ?

Attention à ne pas confondre laïcité et loi de 1905. La laïcité peut se vivre sans la loi de séparation, la preuve en est donnée en Alsace-Moselle. Le Royaume-Uni ne connaîtrait-il rien de la laïcité ? Mais nous sommes en France de l’intérieur et sous la loi de 1905. Cette loi avec ses associations cultuelles est le cadre de vie de nos communautés. Or cette législation n’est plus adaptée sur quelques points. Je cite un exemple de nos demandes, c’est technique et pas théologique : faciliter la solidarité financière d’une part entre les associations ayant un objet cultuel et d’autre part, entre les associations cultuelles et celles ayant des activités complémentaires. Laisser ainsi la possibilité à une association cultuelle de verser une partie des recettes à d’autres associations constituées pour le même objet. 
On peut encore évoquer le fait de permettre aux associations cultuelles d’effectuer aussi des versements soit à des associations régies par la seule loi du 1er juillet 1901 mais bénéficiant des mêmes avantages fiscaux qu’elles (associations de bienfaisance ou reconnues d’utilité publique), soit à des fondations reconnues d’utilité publique, dans la mesure où l’action des autres personnes morales poursuit l’activité principale de l’association cultuelle (édition, production audio-visuelle, etc.) et peut être analysée comme complémentaire.

Quel regard portez-vous sur l’Église de France d’une manière plus générale ?

Dans la société française, nous sommes en situation de postchrétienté. Les Églises ont changé et, dans le protestantisme, ces dernières années, les relations traditionnelles ont également évolué. J’en veux pour preuve les relations entre les catholiques et les évangéliques, ou encore plus récemment le Forum chrétien mondial de Nairobi (novembre 2007). Les relations confiantes n’existaient pas il y a dix ans. Une autre Église est en train de naître. Ces relations œcuméniques seront différentes et plus concrètes, même si des blocages existent, en particulier autour de textes récents émanant du Vatican.

Parlons « international » maintenant : Vous êtes à l’origine de la plateforme « Ensemble pour le Congo ». Pourquoi cet intérêt pour ce pays ?

Le monde, et la France en particulier, ont une responsabilité vis-à-vis de l’Afrique. En même temps, l’Afrique devient, au fil des ans, le continent où le christianisme se développe le plus. Il est donc logique que les chrétiens du Nord se tournent vers les chrétiens du Sud. Il est important d’encourager les Africains dans leur travail de reconstruction et de paix, dans la lutte contre le sida. Le président de la République lui-même, le soir de son élection, évoquait cette responsabilité à l’égard de l’Afrique. Le Défi Michée va d’ailleurs dans ce sens. Je crois que tous ces mouvements attestent d’une prise en compte plus importante de l’injustice subie par l’Afrique. Des drames affreux s’y déroulent aujourd’hui encore dans l’indifférence générale. Aidons les Églises de ce continent dans leur témoignage.

Dernière modification le Vendredi, 01 Avril 2011 06:52
Vous appréciez ce site, vous désirez suivre ses actualités et participer au débat : Inscrivez-vous !