Propos recueillis par Étienne Lhermenault
Dans le monde évangélique, les organisations missionnaires ne manquent pas. Cela veut-il dire que les Églises sont passionnées par la mission ? Pas sûr. Pour autant, il existe ici et là des personnes qui ont la passion missionnaire chevillée au corps. L’Action Missionnaire pour la Francophonie est un de ces lieux où des passionnés s’investissent pour l’évangélisation du monde. Horizons Évangéliques a interrogé son président, le pasteur Michel Marvane.
Quelle vision anime l’AMF et quelle est sa spécificité ?
L’objectif premier de notre association est d’annoncer l’Évangile à toute personne, en donnant une priorité aux peuples non-atteints du monde francophone. En pratique, nous travaillons selon deux axes complémentaires, un axe spirituel et un autre humanitaire. Sur le plan spirituel, nous nous sommes donné trois priorités : évangéliser les peuples non atteints en francophonie, former les leaders et communiquer la vision missionnaire aux Églises autochtones. Peut-être qu’une de nos spécificités, c’est de faire appel et de soutenir des missionnaires autochtones. Si nous avons des missionnaires expatriés au Congo Brazzaville, à Madagascar et au Tchad, nous suivons et soutenons des missionnaires africains en République Démocratique du Congo, en République Centrafricaine, au Tchad, au Togo et bientôt au Bénin. Les raisons de ce choix sont simples : il y a plus de ressources humaines dans les Églises d’Afrique, nos frères sont mieux préparés pour toucher les peuples non-atteints de leur pays ou de leur région et, avec des moyens financiers limités, nous pouvons soutenir beaucoup plus de ministères.
Comment recrutez-vous et suivez-vous ces missionnaires autochtones ?
C’est là que le volet formation de leaders joue un rôle important. Nous avons fondé depuis l’an 2000 une école inter-dénominationnelle appelée École Missionnaire pour la Francophonie. La formation se déroule sur 4 week-ends intensifs et un mois d’été. C’est notre principal canal de recrutement de missionnaires expatriés ou autochtones, bien que pour ces derniers, il y ait désormais un autre canal puisque l’AMF a mis en place des écoles bibliques dans deux pays d’Afrique, une au Tchad et 2 au Congo Brazzaville. Pour les expatriés, nous faisons suivre l’école, de voyages « découverte » de 10 à 15 jours dans le pays envisagé, puis d’un premier séjour d’un à deux ans auprès d’équipes déjà en place avant que le missionnaire puisse développer sa propre œuvre. Pour les autochtones, outre l’adhésion à notre charte - demandée aussi aux expatriés - « vision et philosophie », il y a tout un travail de suivi assuré par un collaborateur de l’AMF, Rémy Tschanz, lui-même ancien missionnaire, qui visite les missionnaires.
Parlez-nous du volet humanitaire de votre action.
L’AMF soutient financièrement un collège-lycée chrétien fondé en 1970 par Albert Burkhardt à Bessada, au Tchad. Longtemps encadré par des professeurs français et suisses, cet établissement est aujourd’hui entièrement africanisé et c’est l’un des meilleurs du pays (taux de réussite aux examens de 80 à 90 %). Ailleurs, nous avons financé le château d’eau d’une école biblique qui apprend aussi l’agriculture et l’élevage à ses élèves. Avec l’aide du SEL, nous avons aussi aidé au financement d’une paire de bœufs pour cette école. Mais, c’est à Madagascar que s’effectue l’essentiel de notre action humanitaire. Nous avons ouvert un cabinet médical et construisons un dispensaire en grande banlieue de Antananarivo où il y aura plusieurs services : médecine générale, chirurgie dentaire, pédiatrie, gynécologie et pharmacie. Nous soutenons aussi des écoles primaires et des dispensaires en brousse.
Quel est votre budget annuel et où trouvez-vous vos moyens financiers ?
En 2007, le budget de l’AMF était de 285 000 €. L’essentiel sinon la totalité de nos ressources viennent de dons de personnes physiques et d’Églises. Notre réseau de soutien se trouve d’abord dans la Fédération des Églises du Plein Évangile de France dont l’AMF est membre, mais nous recevons aussi des dons d’Églises baptistes et d’Églises indépendantes en France et de deux ou trois Églises en Suisse et en Belgique. Par ailleurs, depuis 3 ans, l’AMF a été reconnue ‘association de bienfaisance’ par la préfecture de Côte d’Or pour son action humanitaire, du coup nous commençons à développer le mécénat d’entreprises.
Quel message souhaitez-vous transmettre aux Églises à propos de la Mission ?
Le commandement missionnaire est primordial et l’œuvre missionnaire n’est pas terminée, sinon Jésus serait déjà revenu. Or, ma conviction, c’est que l’Église en France a un rôle important à jouer dans le monde francophone. Malgré cela, et autant que je puisse en juger, les Églises ne sont pas suffisamment mobilisées pour l’œuvre missionnaire ni sur le plan humain, ni sur le plan financier. On dit parfois qu’au niveau mondial seul 1 % des fonds collectés dans les Églises est donné pour l’évangélisation du monde et donc que 99 % servent aux besoins propres des Églises, pour leur lieu de culte, la rémunération de leur pasteur, l’achat des chaises, les instruments de musique… Je crains que ce ne soit vrai en France et que nos Églises soient centrées, voire repliées sur elles-mêmes. Je suis sûr que la présence d’un simple tronc pour la mission dans chaque communauté pourrait changer le cours des choses ! Je sais que bien des communautés craignent qu’à trop donner à l’extérieur, elles manquent de fonds à l’intérieur. Mon expérience de pasteur de l’Église du Tabernacle à Dijon vient contredire cette crainte, quand les membres de l’Église donnent pour la Mission, l’Église ne manque de rien et eux non plus !
De l’Action Apostolique Africaine à l’Action Missionnaire pour la Francophonie
L’AMF est née du ministère du pasteur et missionnaire suisse Albert BURKHARDT (1911-1999). Appelé par Dieu à faire œuvre missionnaire, il partira en 1939 au Tchad, travaillera en République Centrafricaine, créera la Coopération Évangélique Mondiale et ouvrira plusieurs champs missionnaires de 1956 à 1970 au Tchad, en RCA, au Niger, en Inde et au Brésil. En 1970, à la demande du président du Tchad, il ouvre le collège chrétien de Bessada et crée alors l’Action apostolique Africaine.
C’est ensuite l’apôtre Pierre TRUSCHEL qui reprendra le flambeau au cours des années 80 et ajoutera à l'Action Apostolique Africaine une nouvelle dimension sous l'appellation complémentaire d'Action Évangélique Internationale. Il travaillera à développer, structurer et rendre autonomes les œuvres des différents pays.
En décembre 2000, Michel MARVANE, qui a déjà commencé une œuvre à Madagascar, devient le nouveau directeur de l'œuvre avec une vision élargie au monde francophone. C'est le départ de l'Action Missionnaire pour la Francophonie.
Caleb, Tem parmi les Tem au Togo
L’histoire de Caleb et de son épouse Ruth est exemplaire de ce qu’accomplit l’AMF. Après avoir travaillé à Sokodé au sein de la Convention Baptiste du Togo comme évangéliste, Caleb était à la recherche d’un autre lieu pour exercer son ministère. Ayant reçu une formation à l’École Missionnaire pour la Francophonie en 2005, il avait des contacts avec l’AMF. Convaincu du sérieux de son appel, l’AMF qui ne cherche pas à implanter son propre réseau d’Églises l’a mis en relation avec Mission sans frontières qui travaille au Togo. Caleb et Ruth ont quitté Sokodé fin mars pour le village de Lama-Tessi où il n’y avait pas encore de témoignage évangélique. Ils sont ainsi devenus missionnaires parmi les Tem, leur propre peuple qui est majoritairement musulman. L’AMF soutient Caleb qui peut ainsi consacrer son énergie à l’évangélisation : émissions radiophoniques hebdomadaires en Tem et en français, enseignements bibliques aux élèves des collèges et lycées, cellule de maison…
Pour en savoir plus,
Action Missionnaire pour la Francophonie (AMF)
17, Quai de Belfort
21000 DIJON
Sites : www.mission-amf.org et www.ecole-missionnaire.org

