L'émergence des Églises issues de l'immigration est croissante, en France comme en Europe. Quelle place pour elles ? Entretien avec le pasteur Albert Watto, secrétaire général de l'ECOC, une association qui œuvre pour la lisibilité de ces communautés.
Comment est née l'Entente et Coordination des Œuvres Chrétiennes ?
En 1985, plusieurs groupes chrétiens d'outremer se constituaient à Paris et sa région. Le plus important parmi les Zaïrois était l'Église de "La Parole Vivante" dirigée par le Pasteur Matthieu Kayeye dont j'étais conseiller. En juin 2000, soucieux de créer un certain dynamisme de fraternité et de confiance entre les Églises congolaises, j'initiais la " 1ère Conférence Européenne des Pasteurs Congolais ", sous le thème " Vous serez mes témoins ". Elle rassemblait près de 80 délégués venus d'Italie, du Royaume-Uni, de Belgique, de Hollande, d'Allemagne et de France. Encouragés par cette rencontre, des pasteurs Congolais me demandaient de les aider un peu plus. C'est ainsi qu'en 2001, l'Entente Congolaise des Œuvres Chrétiennes (E.C.O.C.) fut créée.
Quelques Églises non congolaises nous rejoignirent peu à peu, donnant une impulsion nouvelle qui se traduisit, à l'assemblée Générale 2008, par la modification de l'intitulé, en "Entente et Coordination des Œuvres Chrétiennes" (E.C.O.C.).
Quelle est sa place dans le paysage évangélique français ?
L'ECOC rassemble une soixantaine d'œuvres. Les responsables de nos assemblées sont encouragés à développer des contacts avec le monde évangélique.
Beaucoup d'Églises, dites issues de l'immigration, n'ont pu aller au bout de leur démarche d'adhésion à une fédération française. Elles étaient pointées comme " Églises ethniques " (terme qu'elles rejettent souvent). Il fallait donc travailler sur la lisibilité de nos communautés et sur la qualité de liens avec les Églises autochtones.
Dès le début, nous avons dialogué avec la Fédération Protestante de France et avec l'Alliance Évangélique Française. Notre premier objectif n'étant pas l'adhésion à l'une de ces fédérations mais bien celui de poser des fondements solides et de soigner notre organisation interne pour être en mesure de trouver notre place, à part entière, dans le paysage évangélique.
Nous sommes en marche avec le Conseil National des Évangéliques de France (CNEF) et nous réjouissons des liens qui nous unissent autour de cette vision.
Quelles sont ses spécificités ?
L'ECOC rappelle et enseigne les principes de vie et de bonne morale qui se trouvent dans la Bible ; les valeurs chrétiennes qui, mises en pratique, favorisent la formation des citoyens honnêtes et respectueux les uns des autres.
C'est une union d'Églises au service des associations chrétiennes cherchant à faire valoir les ministères en règle qui la composent. Elle préconise une gestion saine de l'Église et un bon témoignage des responsables. Elle est interlocutrice officielle des autorités et des Églises de France, ayant vocation représentative de ses membres. Elle demande que chaque pasteur se fasse connaître aux autorités civiles et religieuses de sa commune. L'accent est mis sur la nécessité de soutenir une œuvre ou un étudiant en formation biblique ou théologique dans son pays d'origine.
Comment est-elle organisée et qui sont ses responsables ?
L'ECOC est géré par une association culturelle. Son président, Omari Kilema Kaminimini est assisté d'un bureau composé d'Odingha Watto, de Claudine Essende, d'Angèle Nsona. Les
autres administrateurs sont : Essende Jean-Marie, Tito Joselita, Pagal Joseph et Lutonadio Victor. Nous avons 4 Commissions permanentes : Formation, Manifestations publiques, Relations extérieures et Médiation.
Quel est votre constat sur le terrain et comment intervenez-vous?
Beaucoup de chrétiens d'outremer justifient leur regroupement, un peu partout en Europe, par un manque d'accueil, de communion fraternelle et d'animation " comme au pays ", au sein des Églises européennes, stimulant le désir de se retrouver entre Africains, notamment en communiquant avec la langue vernaculaire...
Les pasteurs africains en Europe se sont souvent autoproclamés, se basant sur les seules expériences spirituelles, sans formation biblique. Nous insistons sur la nécessité de se former. En France, cet aspect évolue favorablement. En région parisienne, l'Institut Biblique de Nogent a créé, en 1997, le Département Africain de Théologie Pastorale (DÉPAF) dont je suis l'initiateur. La Faculté Libre de Théologie Évangélique de Vaux-sur-Seine organise des cours groupés pour les pasteurs de la Communauté des Églises Africaines en France (CÉAF).
Vous avez certainement de nouveaux projets ?
Nous préparons le 1er Congrès de l'" Entente et Coordination des Œuvres Chrétiennes ", les 7 et 8 mai 2009, au Centre Évangélique Source de Vie à Noisy-le-Sec (93), sur le thème : " La diversité évangélique en France ".
Pour info ECOC : www.ecoc.fr

