ralentissement de l'économie, perte de pouvoir d'achat… Qu'en sera-t-il de nos Églises et de nos
œuvres ? Auront-elles les ressources pour poursuivre et même étendre leur mission à un moment où il
y a tant de besoins ? En d'autres termes, saurons-nous continuer à donner en temps de crise ?
Pour répondre à cette question, il convient d'observer d'abord que le rapport de l'homme à l'argent est tout
sauf rationnel. Une crise économique n'est pas tant le résultat d'une absence de finances que de perte de
confiance. En effet, l'économie s'emballe quand l'espérance des profits dépasse toute attente raisonnable –
on parle alors de bulle spéculative – et elle se grippe quand la peur fait redouter le renversement de tendance.
Dans les deux cas, le sentiment précède, voire provoque, nourrit et amplifie les phénomènes de croissance et
de récession.
Une curieuse logique
Les dons qui financent nos Églises et nos œuvres n'échappent pas à cette curieuse logique. Ainsi le niveau
des offrandes dans les Églises aux États-Unis a été plus important qu'auparavant pendant les premières
années de la Grande Dépression. Et c'est quand les revenus ont recommencé à augmenter que les dons ont
baissé1 ! Il serait toutefois vain d'en déduire que ce schéma va se reproduire. Les données américaines
enregistrées au cours des six dernières récessions montrent que trois ont engendré une baisse des offrandes et
trois une augmentation. Autre indice de cette logique qui l'est très peu, ce ne sont pas forcément les
personnes qui ont les moyens qui donnent le plus. Toujours aux États-Unis, les chrétiens engagés les plus
pauvres (moins de 12 500 $ annuels) donnent environ 7 % de leurs revenus et ne sont dépassés que par ceux
qui gagnent plus de 90 000 $ par an (8,8 % de leurs revenus). Si l'on fait abstraction des chrétiens les plus
riches, ce sont ces ménages désargentés qui donnent le plus à l'œuvre du Seigneur en valeur absolue !
Une affaire de confiance
Le manque de données comparables pour les Églises de l'Hexagone ne nous empêche pas de penser que les
tendances sont peu ou prou les mêmes… et permettent de rester optimistes. Nous avons, en effet, toutes les
raisons de croire que notre générosité peut s'affranchir de la morosité ambiante et être un puissant
témoignage de ce qui nous anime, car, selon l'enseignement du Nouveau Testament, le don s'avère être
moins une affaire de moyens que de confiance. En cela, son analyse rejoint l'observation des économistes et
sociologues les plus perspicaces. Mais, et c'est là toute la différence avec nos contemporains incroyants,
cette confiance ne s'ancre ni dans l'importance de notre épargne, ni dans les perspectives de profits, mais
dans la paisible assurance que Dieu lui-même prend soin de nous pour nos besoins les plus quotidiens. Et
cela nous libère pour chercher d'abord la justice et le royaume de Dieu y compris en donnant généreusement
pour son œuvre et en faveur des plus nécessiteux2. Paul fera écho à cet enseignement de Jésus dans le
Sermon sur la Montagne en parlant de la joie du don : Il y a plus de bonheur à donner qu'à recevoir3 ou
encore Que chacun donne comme il l'a résolu en son cœur, sans tristesse ni contrainte ; car Dieu aime celui
qui donne avec joie4.
Un choix de vie
Faut-il en conclure qu'il est facile de donner ? Ou mieux encore qu'il faut attendre d'éprouver de la joie pour
ouvrir son porte-monnaie ? Certainement pas ! Ce serait mal comprendre le Seigneur qui nous avertit qu'il y
a là un choix résolu à faire, un choix de vie qui consiste à mettre à l'honneur ce qui est éternel contre ce qui
n'a qu'un temps5. Il ne pourrait y avoir de meilleure dénonciation de la frénésie de consommation qui a saisi
notre génération et mobilise une partie majeure de notre argent. Les chrétiens engagés qui appartiennent à la
classe moyenne aux États-Unis sont par exemple de piètres donateurs. Pourquoi ? Non parce qu'ils manquent
de moyens, mais parce qu'ils peinent à rembourser les dettes contractées pour acheter maison, voitures et
biens de consommation. Ils ne donnent pas ou ils donnent peu parce qu'ils ont tout dépensé pour leur bien-
être ; et ainsi survient ce curieux paradoxe qui veut que nous ne donnions pas l'argent que nous possédons
pour dépenser, au moyen de crédits bancaires, l'argent que nous n'avons pas encore ! Parfaitement conscient
de l'attraction pécheresse qu'engendre la possession, Jésus compare l'argent à une puissance, à une idole qui
vient prendre la place de Dieu et prononce cette parole radicale : Nul ne peut servir deux maîtres ; car ou il
haïra l'un et aimera l'autre, ou il s'attachera à l'un et méprisera l'autre. Vous ne pouvez servir Dieu et
Mamon6.
Il est temps de nous réveiller
Il est temps que nos Églises se réveillent et parlent du bon usage de l'argent et de l'importance du don à leurs
membres. Nous sommes restés trop longtemps silencieux sur ces sujets laissant à Mamon toute la place pour
nous prendre dans ses filets. Inutile ensuite de nous plaindre que nos Églises et nos œuvres manquent de
moyens. Osons dénoncer le dieu consommation. Osons prêcher la valeur du renoncement et la joie du don.
Osons chercher d'abord le royaume de Dieu jusque dans nos budgets familiaux et ecclésiaux. Il ne pourrait y
avoir de meilleur moment qu'une crise économique pour revenir aux vraies valeurs et donner généreusement
pour l'œuvre du Seigneur.
1. L'essentiel des données est tiré d'un article de Rob Moll, « Scrooge lives ! Why we are not
putting more in the offering plate. And what we can do about it. », Christianity Today, décembre
2008, pp. 24-29.
2. Relisez Matthieu 6.19-33
3. Paroles qu'il attribue au Seigneur, Actes 20.35
4. 2 Corinthiens 9.7
5. amassez-vous plutôt des richesses dans le ciel, Matthieu 6.19-21
6. Matthieu 6.24

