Gros plan sur Algérie : le courage de la foi

Par Françoise Caron



horizons-evangeliques

En 1995, plusieurs Bibles tombaient entre les mains de jeunes étudiants de Tizi-Ouzou. Intrigués, ils commençaient à la lire ensemble. Très vite plusieurs d'entre eux, touchés par ce qu'ils découvraient, se réunissaient secrètement dans la montagne, pour étudier la Bible et prier celui dont leur parlait l'Évangile, Jésus.  

 " À la recherche d'enseignements bibliques, nous avons trouvé une cassette audio du pasteur Pierre Truschel. Touchés par son message, nous avons décidé de le contacter pour qu'il nous soutienne " raconte l'un des anciens. Les liens étaient alors tissés entre des pasteurs de France(1) et ce groupe de jeunes chrétiens qui témoignaient de leurs vies transformées par la puissance de l'Évangile. Un besoin urgent était identifié, celui d'aider les responsables à se former afin d'amener ceux qui se convertissaient à grandir dans la foi. Il fallait structurer l'Église et faire lever des ministères locaux. Des séminaires furent organisés pour répondre à ce besoin. La jeune Église de Tizi-Ouzou fut fortifiée en découvrant que dans toute l'Algérie, depuis Oran, en passant par Alger, des frères et sœurs en Christ pleins d'enthousiasme et de foi, vivaient eux aussi le miracle de la conversion, témoignaient de l'impact de l'Évangile dans leur vie, dans leurs familles, dans leur santé (guérisons divines). Il fallait maintenant sortir de la clandestinité et oser se rassembler dans des locaux ayant pignon sur rue. Quel défi ! Les groupes de prières intercédaient dans la montagne puis se rassemblaient en Église en ville. Aujourd'hui, celle de Tizi-Ouzou rassemble pour le culte du vendredi entre 500 et 600 personnes et presque autant à celui du lundi soir.

Témoignage
Son pasteur, Salah Chalah, aussi vice-président des Églises Protestantes évangéliques d'Algérie (EPA), raconte comment il est devenu chrétien : " Je recherchais personnellement Dieu pendant mes études à l'université. Je me trouvais dans une phase de réflexion. C'est à ce moment là que le Seigneur a permis que je rencontre un chrétien kabyle des montagnes, qui m'a témoigné de sa foi en Jésus-Christ. La dimension de réconciliation entre Dieu et l'homme m'a profondément touché. J'avais vécu pendant des années avec la peur de rencontrer Dieu. Une paix indescriptible est venue s'installer dans ma vie. C'est cette paix-là qui m'a conduit à cheminer jusqu'à aujourd'hui avec le Christ. Ce fut mon choix, une décision personnelle. Certains disent que l'on naît musulman, chrétien ou bouddhiste. On naît être humain, sur Terre, avec une nationalité, une couleur de peau... et la religion est une question de conviction. Elle ne peut pas faire partie de l'identité d'une nation ! "

L'EPA toujours victime de la loi de 2006
Si les églises grandissent et se multiplient, les oppositions puis les persécutions s'intensifient. La loi de 2006 réduit les prérogatives des non-musulmans et les conséquences au quotidien pour les chrétiens sont extrêmement difficiles : menaces, licenciements, gardes à vue et emprisonnements, fermetures de lieux de cultes... Cette année encore, deux directeurs d'écoles, un professeur et d'autres fonctionnaires ont été radiés de leurs fonctions après audition, parce qu'ils étaient chrétiens.
Le président Bouteflika affirmait être le président de tous les Algériens sans distinction. Cependant, il a oublié pour son troisième mandat, d'abroger la loi de 2006 qui discrimine les citoyens algériens de confession chrétienne. En mars 2008, vingt cinq Églises ont reçu l'ordre de fermer leurs locaux. Vingt d'entre elles ont pu résister et continuent à se rassembler aux mêmes endroits. Il faudrait être propriétaire de son local pour ne pas risquer d'être expulsé ou voir le bail non renouvelé à cause des pressions sur le bailleur.  Mais rassembler les fonds pour acquérir un terrain et bâtir, dans un tel contexte économique est un véritable pas de foi. Il est à noter que si les mosquées, en France, sont financées par des fonds venant de l'étranger, en Algérie nos frères ne sont pas autorisés à bénéficier de la solidarité internationale, parce que les lois l'interdisent.
N'oublions pas l'Église d'Algérie et continuons à soutenir nos frères et sœurs par nos prières et, pourquoi pas, en les visitant pour les encourager.

1. Philippe Martinez de Die, puis Samuel Peterschmit et Christian Gagnieux de Mulhouse, souvent accompagnés d'une petite équipe de ministères, soutiennent les frères d'Algérie, notamment en les aidant à organiser des séminaires de formation pour leurs jeunes pasteurs.




" Comment ne pas dire un grand merci et rendre grâce au Seigneur pour les prières en notre faveur pendant ces deux dernières années. Nous étions secoués de l'intérieur mais tellement édifiés par les messages d'encouragements de nos frères de France. Nous ne pouvons pas dire que la bataille est gagnée, non, mais nous pouvons nous réjouir de ce que chaque semaine nous voyons la main puissante de notre Seigneur qui nous permet de célébrer nos cultes le plus normalement du monde. Nous ne voulons pas renoncer à vivre notre foi librement dans ce pays que nous aimons. Nous n'oublions jamais de prier pour nos autorités, les bénissant et suppliant notre Dieu pour qu'il intervienne en notre faveur afin que leurs cœurs soient touchés et qu'il y ait un véritable changement au niveau de la législation en direction des Églises "                           Salah Chalah


La situation de l'Église protestante d'Algérie

L'Église Protestante d'Algérie (EPA) regroupe une trentaine de communautés chrétiennes réparties sur tout le territoire algérien. Son président s'appelle Mustapha Krim et son vice-président Salah Chalah. Selon ce dernier, cette fédération protestante algérienne regrouperait entre 4.000 et 5.000 chrétiens.
Dernière modification le Vendredi, 01 Avril 2011 07:00
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