
Hannah Clair est auteur-compositeur-interprète. Franco-anglaise et née dans une famille d’artistes (elle est la fille de John Featherstone), elle commence très jeune son apprentissage musical. Au fil des ans, son expérience artistique s’étoffe au travers de différents projets. Son premier album Comfort zone concrétise ces années d’expérimentation.
Hannah, vous avez été bercée par la musique, toute petite déjà. Enfant, par quel style de musique étiez-vous attirée ? Vouliez-vous devenir chanteuse ?
Enfant, j'ai côtoyé la musique en tout genre, mes parents étant eux-mêmes musiciens. Je me suis d'abord penchée sur l'apprentissage du piano classique puis du violoncelle. Mais j'ai vite commencé à m'intéresser au chant.J'ai rencontré plusieurs chanteurs gospel étant jeune à travers les différents spectacles dans lesquels j'ai participé. Je les admirais beaucoup.Ayant été entourée par beaucoup de personnes qui avaient un vrai talent musical et artistique, j'ai appris à reconnaître le professionnalisme. Mais j'ai aussi cru reconnaître des gens avec beaucoup trop de prétention. Même si j'ai toujours été attirée par ce métier, par peur de ressembler à ces derniers je me refusais à croire que je pouvais être chanteuse.
Vous partez en Angleterre pour faire des études (de quoi au fait ?). À votre retour, la musique vous rattrape… Comment passe-t-on d’une passion à une profession ?
Avant de me lancer dans les études, j'ai décidé de délaisser la musique et de me consacrer à la psychologie. Mais mes parents m'ont acheté un clavier avant que j'aille en Angleterre et je me suis laissée tenter à faire de la musique plus que je ne l'avais prévu. C'est pendant ces années que j'ai composé un bon nombre de mes chansons. Arrivée en fin d'études, j'ai dû choisir quelle voie professionnelle emprunter : musique ou psycho. ça m'est venu comme une évidence qu'il fallait que j'arrête de tourner le dos à la musique et que je m'y consacre pleinement.Retournée en France, je suis devenue professeur d'anglais avec pour optique d'avoir assez de temps pour m'adonner à la musique et avoir une sécurité financière. Je suis montée sur Paris pour m'ouvrir des possibilités. Actuellement, j'en suis encore au stade de découvrir comment faire de la musique ma profession.
Pourriez-vous nous parler de vos influences musicales ?
J'ai été très marquée par Bobby McFerrin, Joni Mitchell, Fiona Apple, Jeff Buckley, Jamie Cullum, Camille... Tous des styles bien différents. J'aime bien lorsqu'on peut reconnaître la patte de l'artiste en quelques secondes d'écoute.
Comment définiriez-vous votre univers ?
Je qualifierais mon univers de pop-soul. Le cœur de ma musique c'est : piano-voix. Je joue sur le répond entre les deux instruments sur les plans rythmique et harmonique, en juxtaposant des empilements de voix aux accords de piano. Par ce premier album, j’invite les auditeurs dans ma 'comfort zone' (ma 'bulle de confort'). Donc, j’imagine que mon univers est un petit cocon où je peux juste être moi-même (quelle que soit mon humeur).
Votre album a été composé sur une période de 6 ans (de 18 à 24 ans) ; période justement où l‘on change, où l’on « entre » dans la vie… Difficulté ou au contraire ?
C’est sûr que ce n’est pas une période facile. Au début de cette période, j’étais très sûre de mes convictions et que rien ne pouvait m’amener à les remettre en question. Au travers d’expériences et de rencontres, j’ai été confrontée à des modes de vie et de pensées en contradiction avec les miennes. Et lorsqu’on m’interrogeait sur mes croyances et mes opinions, je me suis rendue compte qu’il y avait beaucoup de choses que je croyais sans vraiment savoir pourquoi. Cela m’a poussée à rechercher les fondements aux croyances que j’avais jusqu’alors considérées comme vérités.C’est désagréable d'être déstabilisée mais je suis contente de pouvoir dire aujourd’hui que ma foi n’a pas été ébranlée mais bien au contraire, elle a été requinquée par mes questionnements.
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Lorsqu’on écoute votre CD ou directement en concert, on est surpris par l’alternance des styles. Chansons qui questionnent, d’autres qui font sourire – je pense à Lalala (1). Parlez-nous un peu de vos chansons, du message que vous souhaitez faire passer.
J’ai toujours été intriguée par les artistes qui savent faire rire un public entier et en quelques secondes lui donner le sentiment de culpabilité d’avoir ri. C’est sûrement pour cette raison que ma musique est imprégnée du mélange d’amusement et de profondeur, parfois dans une même chanson. Je rigole beaucoup de la superficialité et l'arrogance des humains. Mais sous cette ironie se cache une frustration face à notre autosuffisance, nous empêchant souvent de considérer Dieu dans toute sa grandeur.
Êtes-vous consciente de la surprise que vous créez en « empilant » vos voix, par vos couches de son ? Certains y verront de la musique expérimentale ; comment vous situez-vous ?
Lorsque j’ai une idée de composition, je n’ai pas toujours un piano sous la main. Alors avec ma voix, j’essaie de retranscrire (sur un vieux dictaphone souvent) la mélodie mais aussi ce que j’entends au niveau des harmonies et des percussions. Avec le temps, ce procédé a commencé à faire partie intégrante de ma musique et j’ai commencé à davantage m’amuser avec et mener mes idées plus loin. C’est après que j’ai réalisé que de jouer ma musique en live allait être difficile, vu que pour certaines chansons, si on enlevait les empilements de voix, la musique ne tiendrait plus la route. Alors j’ai investi dans une loop station : machine pour superposer les voix en live. ça m’a permis de pouvoir interpréter mes chansons en concert. Je trouve ça amusant qu’avec cette petite machine, j’arrive à donner l’illusion qu’il y a tout pleins de choristes sur scène. Je suis parfois moi-même surprise de l’ampleur du son qui m’entoure.
Le temps coule Hannah… d’ailleurs vous le chantez(2). Qu’aimeriez-vous faire ?
Paisiblement suivre mon petit bonhomme de chemin et apprendre à me laisser surprendre par la vie sereinement.
(1) « Lalala », Cd Comfort Zone. Commentaire d’Hannah : « Le message est dans le titre. J'ai écrit cette chanson comme un pied-de-nez aux 'feel good songs' dont le contenu ultra-léger ravit l'auditeur. »
(2) « Planer », Cd Comfort Zone. Commentaire d’Hannah : « Cette chanson résume bien mes idées : ‘Planer : se détourner de la réalité, sans jamais creuser, sans dépouiller le vrai. Mais sait-on jamais...'. »
Pour aller plus loin :
Découvrez la vidéo du single "Human Jungle" et une interview
Retrouvez toute l’actu d’Hannah sur : Hannahclair.believeband.com
Comfort Zone
CD de 13 titres en anglais ou en français
Style Jazz acoustique, Pop-soul
Sorti le 10 mai 2011, Éditions Première Partie music, 14.90 €
