Propos recueillis par Richard Vandenbroucque et Henrik Lindell
Rugbyman originaire de l’Afrique du Sud, Nicky Smit joue pour Massy en Essonne.
Ce professionnel de 31 ans raconte comment il a renoué avec Dieu et avec une vie d’Église en France dans un milieu très particulier.
Nicky, tu fais partie des joueurs de rugby professionnels chrétiens. Comment es-tu venu à la foi ?
Je représente bien un adage courant en Afrique du Sud : si tu es né dans un garage, tu n'es pas forcement une voiture... Le fait d’être né dans une famille chrétienne n'avait jamais fait de moi un chrétien convaincu. En l’occurrence, je suis issu d’une famille protestante conservatrice typique d’Afrique du Sud. Les règles de vie y sont assez strictes. Toute la semaine, j’étais en uniforme de l'école avec veste et cravate. Le seul jour où on ne portait pas l'uniforme, c'était le samedi, jour de match ! Le dimanche, il fallait se lever tôt pour aller à l'Église. Je l’ai fait jusqu'à l’âge de dix-huit ans. Puis, un jour j'ai dit à ma mère que je voulais dormir le dimanche pour me reposer du match du samedi. C’est seulement à 23 ans, quand j’ai commencé à fréquenter une autre Église dans ma ville, assez vivante, que j'ai donné ma vie à Jésus. Pendant quatre ans, j'ai ensuite été vraiment engagé. Mais après, j'ai un peu lâché, n'étant pas bien entouré par des chrétiens. J'ai traversé quelques moments difficiles avant de retrouver à nouveau l’envie de retourner à Dieu et à une vie d’Église. C’était en France.
Veux-tu dire que tu as retrouvé Dieu en France ?
Non, c’est plus compliqué que cela. Dans les années 2000, je jouais à Toulon dans le Top 14, la première division. J’étais entouré de chrétiens parmi lesquels Eric Melville, le premier joueur d'Afrique du Sud qui a joué pour l'équipe de France. Avec ces hommes-là, j'ai pu prier, parler du Seigneur. Ensuite, j’ai dû changer de club. Je suis arrivé à Paris. Tout a changé. Je me sentais isolé et loin de mes amis. J'ai d’abord fréquenté quelques temps l'église Hillsong à Paris. Mais les entraînements avaient lieu le même jour que la prière, le vendredi soir. Depuis deux ans, je ressens le besoin de remettre ma vie en ordre avec Dieu au travers d'un engagement dans une église locale à Massy en Essonne, où je vis. J’ai besoin de parler et de partager ma foi.
Comment ?
J'ai compris l'importance de faire partie d’une Église locale, avec des chrétiens avec qui je peux parler, prier, échanger. Je vais maintenant à l’Église baptiste évangélique de Massy. Je veux aussi pouvoir envisager une vie de famille. J'ai une fiancée. Elle n'est pas chrétienne encore, mais je lui parle de la Bible, de mes découvertes et de l'histoire de David etc.
Le rugby peut être un sport violent. Il ne correspond pas forcément à l’image des « gentils chrétiens ». Pourtant beaucoup de joueurs sont chrétiens…
Le rugby est un sport de contact et il faut l’assumer. Ce que j'aime dans ce sport est l'esprit de cohésion, d'entraide et de dynamique collective, des valeurs clés pour les chrétiens. Les individualités sont au service du plus grand nombre. C’est nécessaire pour avancer, sinon on recule. Prenez l'équipe des Springboks, particulièrement agressive sur le terrain. Or presque tous sont chrétiens. Je confirme qu’il est très difficile de jouer contre eux !
Pour moi, cela évoque l'image de David dans la Bible. Cet homme de Dieu, très vigoureux, a su se défendre contre des forces diverses. Je ne fais pas de parallèles entre David et moi, mais à l’instar de ce héraut de la foi, j'utilise ma force et ma vélocité dans le sport. Cette force doit évidemment se révéler en respectant les règles du rugby, dans les rucks, les mêlées, les touches, etc.
On dit parfois que le sport remplace le religieux dans nos sociétés. Qu’en penses-tu ?
Je pense qu’il y a une ferveur parfois extrême dans le sport. Je l’ai surtout vécu à Toulon, où l’on voit des familles entières porter les couleurs du club, accrocher des posters partout dans la maison, etc.. Nous les sportifs ne sommes pas à l'origine de ce phénomène. Cela vient du besoin d'appartenance, qui est fort à tous les niveaux de la société. Les fans veulent appartenir à une équipe, à une histoire, à quelque chose qui est plus grand qu’eux. Ils finissent par penser le sport et la vie du club comme une sorte de religion.
Moi, je sais que j'appartiens au Christ et à une Église. Je sais que Dieu nous a faits pour que nous le cherchions.
Tu es souvent allé à l’église Hillsong à Paris. As-tu retenu un enseignement particulier ?
Oui, cette Église m’a beaucoup encouragé à travers des DVD du pasteur Brian Houston, qui en est le principal pasteur en Australie. Son enseignement m’a fait comprendreque Dieu veut que nous mettions en pratique ce qu’il nous met à cœur. Devenu chrétien, on n’est pas obligé d’arrêter le rugby, contrairement à ce que suggèrent certains. Surtout, on n’est pas obligé de devenir pasteur ou enseignant de théologie. J’ai le rugby dans mon cœur. Je pense que c’est vraiment la volonté de Dieu. Après la fin de ma carrière, j'aimerais retourner vivre en Afrique du Sud. J'aimerais servir et aider d'une manière ou d'une autre. Pendant des années, j'ai passé un mois l'été au Malawi pour aider des jeunes dans des camps d'été. J'aime ça. J'aimerais participer à des projets avec des jeunes en enseignant le rugby !
Comment pries-tu avant un match ?
Je prie pour que Dieu me protège, pour que je ne cause pas de danger pour d'autres joueurs et pour porter un bon témoignage malgré le risque des réactions vives.
