Propos recueilllis par Mark Moring journaliste

Fin 2005, Douglas Gresham attendait nerveusement la sortie en salle duLion, la sorcière blanche et l’armoire magique, l’adaptation du premier livre des fameuses Chroniques de Narnia. Pour Gresham, le succès du film était important pour deux raisons. Il était non seulement l’un des producteurs du film, mais aussi le beau-fils de l’auteur du livre—C.S. Lewis. Gresham n’avait pas besoin de s’inquiéter : le film a eu un succès phénoménal, avec plus de 745 millions de dollars de recettes dans le monde – un nombre qui a largement dépassé le milliard de dollars avec les ventes de DVD. Selon lui, le Prince Caspian (sortie en France le 25 juin) , est meilleur que le précédent bien qu'adapté d'un livre moins « bon ».
Qu’est-ce qui vous a occupé depuis la sortie du Lion, la sorcière blanche et l’armoire magique ?
Nous avons commencé à réfléchir au Prince Caspian le jour de la première du « Lion, la sorcière et l’armoire magique ». Nous avons pris quelques congés, puis nous nous sommes vraiment plongés dans le projet. Aujourd’hui, nous sommes même déjà en pré-production sur L'Odyssée du Passeur d'Aurore, le prochain film dans la série des ‘Narnia’.
Vous venez de voir Le Prince Caspian en pré-montage, votre avis ?
C’est un film fabuleux, et je suis vraiment satisfait. Il rend le message essentiel du Prince Caspian encore mieux que le livre, celui d’un retour à la vérité, la foi, l’honneur et la justice après un millénaire de corruption à Narnia.
Pourquoi pensez-vous que Le Prince Caspian est une moins bonne histoire ?
Le livre n’a pas la puissance du récit du « Le lion, la sorcière blanche et l’armoire magique », qui est lui-même basé sur la plus belle histoire jamais racontée. Il est en effet difficile de battre une telle histoire ! Si vous y réfléchissez avec le point de vue du réalisateur,Prince Caspian est le récit d’une longue marche dans la forêt avec une bataille à la fin. Comme film, ça ne marche pas… Nous avons dû beaucoup réfléchir à l’adaptation cinématographique de Prince Caspian. Dans le livre, les enfants arrivent à Narnia, ils s’assoient tous autour du feu de camp et Trompillon leur raconte l’histoire du Prince Caspian—ce qui signifie que les quatre enfants Pevensie sont absents pendant la moitié du livre. En adaptant le récit tel quel au cinéma, les protagonistes ne seraient présents que la moitié du film, ce qui ne fonctionne bien évidemment pas.
Mais l’histoire de Trompillon marcherait bien avec des flash-back ? Est-ce simplement que vous ne vouliez pas abandonner les enfants Pevensie pendant que vous racontiez l’histoire du Prince Caspian ?
Le problème, c’était ces deux récits séparés ayant lieu en même temps sur une durée différente. Dans un film, vous auriez alors la moitié consacrée à l’histoire du Prince Caspian, avec soudain, les enfants Pevensie débarquant dans le film. Il nous fallait trouver un autre moyen d’intégrer à la fois les enfants Pevensie et Caspian dans le film en faisant du tout une histoire tenant la route. Je pense que nos scénaristes ont vraiment fait du bon boulot pour y arriver.
Est-ce que les enfants vont rencontrer Caspian plus tôt dans le film que dans le livre ?
Désolé, mais je ne peux pas trop en dévoiler…
Je comprends, mais est-ce qu’il serait juste de dire…
Je vais vous dire ce qu’il faut faire : allez voir le film quand il sort. Prenez tous vos amis et tous leurs amis avec vous. Prenez aussi vos ennemis, parce que vous êtes censés aimer vos ennemis. Prenez les amis de vos ennemis. Et une fois visionné, vous pourrez me dire si vous pensez que nous avons fait du bon boulot avec ce film.
Quand l’équipe a commencé à réfléchir au Prince Caspian, de quoi avez-vous parlé ?
Nous planions un petit peu sur le succès duLion, la sorcière et l’armoire magique. Le danger était donc que nous devenions suffisants. Il a fallu nous concentrer pour ne pas le devenir. Nous étions conscients du fait que le premier film était très réussi, mais qu’il nous faudrait faire encore mieux pour le deuxième. À mon avis, nous avons réussi.
En tant que représentant de Jack (le surnom de C.S. Lewis, ndlr) et de sa succession, vous arrive-t-il de vous demander sur le plateau ou dans la salle de montage : « Que ferait Jack ? »
Ça, c’est une question que je ne me pose jamais. Les questions que je me pose sont : « Qu’est-ce que Jack voudrait que je fasse? » et « Qu’est-ce que le Saint Esprit voudrait que je fasse ? » Bien sûr, Jack n’est plus des nôtres, mais je crois sincèrement qu’il serait très heureux de ce que j’ai fait avec ses Chroniques de Narnia au cinéma. Mais je ne peux pas me mettre à sa place et dire : « Que ferait Jack maintenant ? » C’est plutôt : « Qu’est-ce que Jack me dirait de faire dans les circonstances présentes ? » Le plus important, et je pense que Jack serait d’accord, c’est : « Qu’est-ce que le Saint-Esprit voudrait que je fasse ? »
J’ai lu que vous aviez « complètement abandonné » votre vie à Christ en 1990. Comment décririez-vous votre parcours ? Avez-vous abandonné votre foi pour y revenir ensuite ?
Le problème est qu’il faut définir ce que nous voulons dire par « foi ». Je pense que nous utilisons ce terme de manière trop vague. J’ai toujours cru en Dieu et en Jésus-Christ, mais ça, le diable le croit également. La foi, dans ce sens n’est pas suffisante pour faire de vous un Chrétien. Je pense que le chrétien fidèle est celui qui vit quotidiennement son rôle envers Dieu et Jésus-Christ, et qui veut se soumettre à la volonté de Dieu.
Mon problème, pendant bien des années, était que même si je croyais en Dieu et en Jésus-Christ, je ne voulais pas soumettre ma vie à n’importe qui d’autre que moi. En un sens, je louais ma propre personne ; mon dieu était un fou.
En 1990, j’essayé d’aider quelqu’un, mais puisque je vivais ma vie en la basant essentiellement sur ma propre intelligence, je l’ai très mal fait et beaucoup de personnes ont été blessées. J’ai donc été forcé de me regarder attentivement en face. J’ai compris que je vivais ma vie avec arrogance, orgueil et fierté, et donc que je n’étais pas qualifié pour conduire ma propre vie. J’ai alors décidé de l’abandonner, de la donner à quelqu’un qui savait comment conduire les vies. Et qui est plus qualifié pour cela que la Personne qui a créé la vie ?
Article publié dans CT Movies.com et reproduit avec l’aimable autorisation de Christianity Today International, partenaire d’Horizons Évangéliques.

