
Dave Canfiel nous invite à réfléchir à notre rapport à la culture cinématographique contemporaine, à son usage de toutes sortes de monstres et démons, et aux films d'horreur. Et en quoi elle peut être utile à notre cheminement de vie et de foi.
« L'horreur on la trouve partout, dans les contes de Grimm ou dans certains textes bibliques, dans les écrits d'Edgard Allan Poe, Tolkien ou C.S. Lewis. Les enfants, par instinct, veulent des histoires d'horreur. On ralentit quand on voit un accident par curiosité du tragique... Le cinéma, et en particulier les films d'horreur, nous permet de vivre ce genre de choses dans un environnement contrôlé. » Le ton est donné ! Quand vous discutez avec Dave, ne vous attendez pas à un discours religieux consensuel... Pour lui, si l'histoire est bonne et les personnages bien campés, le film est légitime. Peu importe le genre. Peu importe le public ; ce n'est pas en fonction de lui qu'on doit juger de la valeur d'un film. « Ce qui ne veut pas dire que tout [bon] film soit adapté pour n'importe qui » précise-t-il. « Si la violence de certains films vous est insupportable, ne les regardez pas ! » Puis il ajoute que ce n'est pas uniquement vrai pour les films d'horreur ou violents mais pour tous genre d'histoires quand on finit par vivre par procuration à travers elles.
« À chacun de savoir discerner ce qui est bon pour lui. » Dave s'oppose à ceux qui prétendent que « tel film n'est pas chrétien » ; sous entendu, qu'un chrétien qui se respecte ne devrait pas aller le voir. Face à la complexité du monde contemporain, la tentation est grande de s'en remettre aux catégories établies par d'autres plutôt que de réfléchir par soi-même, d'apprendre à se connaître « Il faut savoir faire ses choix » insiste Dave qui précise que tout n'est pas bon à prendre. Par exemple, Haute Tension est pour lui un film dont la violence n'a d'autre objectif que de faire un film violent. Au contraire, la violence de Massacre à la tronçonneuse nous renvoie à autre chose. « Ça ressemble à un cauchemar, c'est un film très dur à regarder, pourtant son objectif n'est pas dans la violence du film en tant que telle. Elle renvoie à celle de la « vraie vie », à nos propres violences, à la société, l'économie, et à toute sortes d'éléments qui peuvent conduire à des comportements extrêmes. » La question n'est pas tant de juger de la validité ou non d'un film mais de « savoir s'il me fait avancer dans ma vie. C'est ce que je voudrais dire autant à des fans de films d'horreur qu'aux chrétiens qui les jugent. »
Les films d'horreur posent des questions qui peuvent nous aider dans notre cheminement. « La fin du film Halloween, nous parle du mal qui peut surgir et envahir la vie de n'importe lequel d'entre nous. On préfère penser qu'on peut dominer le mal en utilisant la religion comme une superstition, une amulette pour nous protéger. Mais ça ne marche pas comme ça ! Les films d'horreur nous rappellent que le mal est là et que rien ne garantit qu'il ne vous atteindra pas, que vous n'aurez pas un cancer ni que vous ne vous ferez pas écraser par une voiture ou tirer dessus à l'école... Cela me rappelle que je ne suis qu'un mortel, que je serai jugé un jour, que je suis un pauvre pécheur... Les films d'horreur m'aident à être plus clairvoyant sur moi-même... »
Les monstres au cinéma qui, grâce aux effets spéciaux, sont de plus en plus convaincants de réalisme nous disent quelque chose de notre existence. « Prenez Alien, il nous parle de notre peur de l'univers : voyez son design, on dirait qu'il s'extrait de l'espace, avec ses éléments sexuels, guerriers, de colère... il semble nous dire que nous ne comptons pas, que nous sommes fragiles et faibles... » lance Dave, semblant en pleine conversation avec la reproduction du monstre dans son bureau. « Voilà ce que nous dit ce film, il faut l'entendre, puis on peut le discuter à la lumière de ce que nous croyons être la vérité, en tant que chrétiens. Nous sommes souvent prétentieux quant à notre rôle et notre place dans l'univers. Ces histoires peuvent nous aider à sortir de notre arrogance... » Il conclut : « La culture nous aide à replacer les choses dans leur contexte, à chercher toujours la vérité. Elle le fait en nous racontant des histoires, tout comme Jésus racontait des histoires. »

